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PHPA

Eric Bouttier - 11.2007

Eric Bouttier

LA NUIT. CHAMBRE 301, EIFFEL PARK HOTEL, LUNDI 27 AOUT 2007.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le troisième étage: d’un côté, la voluptueuse femme à la cigarette de William Klein plante ses yeux provocants dans les miens, photographie hors la loi dans un espace entièrement non-fumeur; sur l’autre chemin, une Marilyn en pleurs qui se détourne, repliée sur son propre mythe. Devant tant de couloirs vides et sinueux, d’images iconiques, de portes closes susceptibles de s’ouvrir (avec derrière chacune d’elle autant de fictions possibles), il y a la chambre 301, et ce que je suis venu y chercher.
La porte se referme, le calme apparaît, et avec lui, l’evidence d’une image déjà-là. Dans cet espace transitoire, l’intime a pris toute la place.

Un classique, « l’endormie », et le regard doux et aimant qui est porté sur ce corps à la grâce simple: silhouette nue, paupières closes, peau lisse et laiteuse, vaste lit et oreillers partagés,  draps blancs et froissés par le sommeil, posture et absence offertes, le cocon encore renforcé par un cadrage resseré, replié sur lui-même. 
Ainsi prisonnière, la dormeuse, dans cet état latent du sommeil – à la fois profondément terrien, avec la lourdeur de la torpeur, et aérien, flottant au dessus des draps, à mille lieux de là dèjà…

Et pourtant, la faille est là, quelque part dans l’image. Dans cette main posée près du visage, suspendue entre l’invitation et le repli sur soi ?Dans les détails de la tête de lit, qui trône au dessus de la belle endormie? Ou bien encore dans cette lumière du jour – une lumière déjà crue, inappropriée, presque violente – qui fait éclater le sentiment paisible de la nuit profonde ?

De quoi as-tu rêvé ? Quels ont été tes songes, qui viendront rejoindre et compléter la mémoire occasionnelle de tous ceux qui nous ont ici précédé, s’accrochant avec eux aux branches des rameaux dorés du papier peint qui bouclent, s’enroulent et ondulent inlassablement sur eux-mêmes, maintenant soigneusement prisonnier le regard de celui qui contemple  – et quels ont été les miens?

 

Hôtel Eiffel Park
Novembre 2007