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PHPA

Estelle Lagarde

Lettre à Jean-Jacques,

J’ai, mon cher, pris pension en face du Panthéon

Un sabbat d’une année de ta vieille compagnie

J’y retrouve le luxe de mes anciennes maisons

Estimant le service, le confort d’un bon lit.

M’évader du tombeau me donne belle occasion

De faire en cette époque cocasse révolution.

 

Surprenant les touristes, j’apparais à minuit

Mais, aujourd’hui fantôme, j’effraie la compagnie.

On vient, comme au spectacle, voir l’homme mystère

Avec ou sans mon drap c’est à la nuit que j’erre.

Certains me reconnaissent, on chuchote mon nom

Cela flatte mon égo, j’en fais la confession.

 

On fige mon visage en me «photographiant»

Un seul clic y suffit, n’est-il pas stupéfiant !

Quelle opportunité pour moi, le Revenant,

De me mirer ainsi, à trois cent dix-neuf ans !

Mais cela n’est certes pas le plus fascinant,

La langue a bien changé, à mon étonnement

 

En anglais je relance mon ancienne carrière

Je «spam», je «surf», je «tweet» pour tous mes «followers»

Fi des lentes missives, je vous écris ce «mail»

Chaque jour plus surpris de ces folles merveilles

J’aimerai tant partager, malgré nos désaccords

Tous ces divertissements et magnifiques trésors

 

Rejoignez-moi ici, j’y suis sous un faux nom,

Demandez Monsieur Candide à la réception

Soupons donc au nom de la réconciliation

Nous sommes pour les idées, piliers de la nation

Un fossé nous séparait, était-il si profond ?

Et si avec le temps, tous deux avions raison ?

 

Ami ! Si nôtre siècle fût de splendides lumières

Point trop de nostalgie, n’en soyons pas amer

Celui-ci, croyez-moi, éblouit plus qu’hier !

Nous y aurions prétexte à écrire quelques vers

Chantons ensemble une ode à cette nouvelle ère

C’est bien grâce à R …, c’est bien grâce à V…

Texte Estelle Lagarde pour PHPA 2013

Hôtel du Panthéon

Portfolio

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