LES CHAMBRES
Enfant, la chambre trop petite, les habits, les livres et les jouets sur le sol, et la menace que tout ça passe par la fenêtre ; puis, les tas de vêtements sur le parquet, et ceux en boule dans les placards
La chambre de l’après-midi au retour du lycée, plusieurs mois de caresses avant d’accepter
Celle de la première fois, et l’ascension de l’échelle pour accéder au lit, son regard posé sur moi, derrière, la brûlure entre les cuisses, puis le pantalon qu’on renfile, serré, trop serré
Et plus tard, d’autres nuits, le bruit de ses parents qui font l’amour, alors que je n’ai plus de désir
Une couchette dans un cagibi au ski, la sensation d’avoir été forcée, les larmes aux yeux
Celle du bord de mer, l’amour tout bas, étouffé, pour ne pas être entendus
A l’hôtel, un moment tant attendu. Et l’amour impossible, le corps qui s’y refuse, malade
Celle du deuxième amour, presque adultère, le lit posé au sol, une de ses chemises sur ma peau nue, le bruit de la rue en bas, à travers les volets en bois
Chez une amie absente, deux fois de suite l’amour, je pleure la première fois et lui la deuxième
Toutes celles partagées, avec la fièvre du désir d’être enfin seuls à deux, les mains qui démangent
Celle dans laquelle je reviens, après l’accident, défigurée, l’amour dans un acte désespéré pour effacer les marques de mon visage, la tête tournée
Et, la chambre que l’on ne veut plus quitter, pour rester encore, dans le retrait du monde
Hôtel Eiffel Park
Mars 2009
