FacebookTwitterBlogPinterest

PHPA

Lucie Pastureau - 03.2009

Lucie Pastureau

LES CHAMBRES

Enfant, la chambre trop petite, les habits, les livres et les jouets sur le sol, et la menace que tout ça passe par la fenêtre ; puis, les tas de vêtements sur le parquet, et ceux en boule dans les placards

La chambre de l’après-midi au retour du lycée, plusieurs mois de caresses avant d’accepter

Celle de la première fois, et l’ascension de l’échelle pour accéder au lit, son regard posé sur moi, derrière, la brûlure entre les cuisses, puis le pantalon qu’on renfile, serré, trop serré
Et plus tard, d’autres nuits, le bruit de ses parents qui font l’amour, alors que je n’ai plus de désir

Une couchette dans un cagibi au ski, la sensation d’avoir été forcée, les larmes aux yeux

Celle du bord de mer, l’amour tout bas, étouffé, pour ne pas être entendus

A l’hôtel, un moment tant attendu. Et l’amour impossible, le corps qui s’y refuse, malade

Celle du deuxième amour, presque adultère, le lit posé au sol, une de ses chemises sur ma peau nue, le bruit de la rue en bas, à travers les volets en bois

Chez une amie absente, deux fois de suite l’amour, je pleure la première fois et lui  la deuxième

Toutes celles partagées, avec la fièvre du désir d’être enfin seuls à deux, les mains qui démangent

Celle dans laquelle je reviens, après l’accident, défigurée, l’amour dans un acte désespéré pour effacer les marques de mon visage, la tête tournée

Et, la chambre que l’on ne veut plus quitter, pour rester encore, dans le retrait du monde

Hôtel Eiffel Park
Mars 2009

 

 

Portfolio

English Version